Saigner ou mentir.

La carte de nos hésitations avant la réémergence.

Prenez une situation simple : vous êtes derrière une vitre. De l'autre côté, il y a ce que vous voulez dire, ce que vous voulez faire, ou simplement la place que vous voulez reprendre.

Parfois, votre main est posée sur la poignée. Vous avez l'élan, vous êtes prêt à ouvrir, mais au dernier moment, un mécanisme invisible vous fige.

Parfois, la vitre est couverte de buée. Au lieu de l'essuyer, vous y dessinez une forme ou un sourire. Ceux qui sont dehors voient le dessin et pensent vous connaître, mais en réalité, vous restez caché derrière, à attendre. Ou encore, vous avez parfaitement compris comment la fenêtre s'ouvre, vous avez analysé la poignée sous tous ses angles, mais vous restez immobile à la regarder.

Le plus souvent, ces situations se mélangent. On se cache tout en voulant être vu, on comprend le blocage mais on ne l'évite pas, on attend le bon moment tout en gardant la main sur la poignée. C'est un jeu de cache-cache permanent avec soi-même.

Mes photographies parlent de cela. Les gouttes de pluie, la buée, les lignes qui coupent l'espace (comme dans les séries « / », « À travers » ou « Compris ») ne sont pas de simples paysages. Elles sont cette vitre. Elles capturent ces instants d'hésitation, ce flou, ces barrières invisibles qui précèdent la réémergence.

Ce que vous regardez ici n'est pas une image du monde, c'est la carte de nos propres hésitations avant de réapparaître.